la sagesse aujourd hui

Juste des histoires où chacun essaye...


on a plus de peine à rester fidèle aux résolutions qu’on a prises qu’à les prendre conformes à la vertu

LXXVI Juste des histoires où l’on essaye

- Ne me le prenez pas, supplia Sabine, sa grand-mère, en ajoutant, au bord des larmes : il est tout ce qu’il me reste au monde.
J’en avais pourtant le droit mais ne me sentais pas la force ni la capacité de m’occuper d’un enfant. Fut-il le mien. J’ai eu beau tout tourner dans ma tête, aucune solution n’y germait. Emmener cet enfant ou le laisser, dans les deux cas ma vie s’annonçait "impossible." Je lui proposais de m’accompagner, dans le Lot. Lui précisant que la maison est grande, m’engageant à lui laisser "une aile", une chambre, un bureau, et concluant sur notre capacité à s’arranger pour la cuisine, lui concédant même ne jamais m’être occupé d’enfants. Depuis les "événements" elle posait en congés maladie.

Elle accepta cette « unique solution... Je comprends que vous souhaitiez assumer votre rôle de père. » Romain fut très perturbé par ce nouveau décor. Enfin, je le croyais en constatant que dès qu’on le pensait endormi et quittait la pièce, il se réveillait en hurlant. Finalement Sabine me concéda l’avoir toujours connu ainsi, dormant même à ses côtés, "comprenant" qu’il s’agissait d’un « traumatisme de ce jour-là ». Nous nous sommes donc "assoupis" plusieurs fois sur le lit près de lui… Que nos corps se soient touchés était donc sûrement inévitable et "la chair est faible", elle a ressenti mon érection. Quand je m’en suis aperçu, il était trop tard… Elle a simplement murmuré « qu’est-ce qu’il nous arrive… » ma réponse fut sûrement appropriée « ah, toi également ! » et après « c’est moins visible mais aussi fort » ce fut rapide…

J’ignore ce que notre couple peut donner. Elle également.
Nous ne cherchons pas à nous cacher que nous ne correspondons absolument pas au profil que nous aurions recherché sur un site de rencontres.

La vie nous a placés l’un à côté de l’autre. Aucun "je t’aime" ni de "mon amour", nous continuons à nous appeler par nos prénoms. Aucune effusion durant la journée mais pourtant pas une seule nuit, même les jours de règles, nous ne nous endormons sans union.

- J’aime faire l’amour avec toi. Je me sens bien. Quelque chose passe entre nous, tout simplement. Je me sens bien également au quotidien, Romain sait nous empêcher de penser à autre chose mais la manière dont tu vis, entre les bêtes, tes livres, ton ordinateur, ton appareil photo et tes balades, tout cela me convient. C’est simple mais reposant. Il s’est installé une tendresse, un respect, entre nous. C’est surprenant car la première fois que je t’ai vu, je ne pouvais pas croire que ma fille se soit entichée de toi ! Mais derrière tes airs "bizarres" tu es quelqu’un de bien. Le plus souvent, c’est le contraire. Je ne sais pas si ça durera ainsi, si ça se transformera en amour. J’ai presque 48 ans et je ne crois plus en rien. L’assassinat de ma fille, je l’ai vécu comme si l’on m’avait mutilée, je me suis accrochée à Romain. Sans lui, je me serais sûrement suicidée. C’était trop douloureux. Quand j’ai compris qu’il n’y avait pas d’autre solution, j’ai accepté de venir avec toi tout en redoutant une guerre devant le berceau ou les larmes du souvenir de ma fille. Et aujourd’hui, je suis bien dans tes bras… même si je ne peux m’empêcher de parfois penser que tu la retrouves en moi…
- Comme tu peux la retrouver en moi… tu sais qu’elle m’a aimé… bien plus que je le pensais même… Je me sens bien quand nos corps s’unissent, tout simplement… Je sais comme toi qu’entre nous il ne serait rien passé dans une vie normale… mais qu’est-ce qu’une vie normale ?

Et le jour où elle m’a demandé « qu’est-ce qui te ferait plaisir ? », une idée m’est passée… peut-être un phantasme… Et depuis, presque chaque matin, elle me "réveille" ainsi. Je pense qu’il n’y a aucun lien avec Nadège repartant avec un peu de moi le 3 avril 2012. Un vieux phantasme qu’aucune femme n’avait voulu ou pu réaliser. Certes, aucune ne l’avait connu. Aucune ne m’avait posé une question pouvant susciter cette réponse.

Cette histoire durera plus longtemps que les autres ? Pour la première fois je vis avec une femme plus âgée que moi… et c’est vrai, je ne ressens aucune différence d’âge… et tout dans notre union semble harmonieux, d’une harmonie naturelle alors qu’elle nécessitait un combat avec Amina, suivi d’heures de rancunes de s’être ainsi donnée… Le jour "naturellement" ses traits sont moins lisses… oui j’y observe parfois Nadège vieillie même si, heureusement, « elle avait les yeux de son père. » C’est cela, l’amour ? Juste cela ? Aucun Amour béton, juste des histoires où l’on essaye de vivre du mieux possible pour permettre à l’harmonie "naturelle" de s’installer ? Chaque soir je lis de nouveau quelques pages de Sénèque. C’est bon signe. En souriant, je m’identifie à Lucilius et reçois avec plaisir de mon ami « si tu pratiques la philosophie, cela va bien. C’est elle en effet, qui donne la vraie santé. » Je te l’accorde « on a plus de peine à rester fidèle aux résolutions qu’on a prises qu’à les prendre conformes à la vertu. »


Le roman invisible



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